Pharmacie de bord – dotation médicale -principes généraux

Avr 28, 2012 par

La constitution d’une dotation médicale de bord  doit être le fruit d’une démarche raisonnée. En cas de survenue d’un problème médical, elle sera le principal outil pour prodiguer les premiers soins, temps essentiel à toute prise en charge d’une victime qui, sur un navire de plaisance revêt une importance déterminante en raison de l’éloignement des secours médicalisés. Si cinq à dix minutes au minimum sont nécessaires aux sapeurs pompiers ou à une équipe du SAMU pour parvenir à une victime en centre urbain, davantage en milieu rural, en mer, les délais d’intervention sont considérablement allongés et soumis, de plus, à différents aléas comme les conditions climatiques ou la nuit, complexifiant la moindre opération de secours.

Il existe probablement autant de pharmacies de bord qu’il existe de navires de plaisance, cependant, il est possible de distinguer quelques principes de base à la constitution d’une trousse médicale.

  • elle doit être adaptée à la navigation envisagée. La dotation médicale (.nature des produits, quantité embarquée, packaging, organisation et localisation) ne sera pas la même pour une navigation côtière et une navigation hauturière.
  • Elle doit prendre en compte la localisation géographique. Les maladies susceptibles d’être contractées dans une région du monde diffèrent pour un certain nombre d’entre elles de celles qui sévissent dans une autre contrée.
  • elle doit être adaptée à l’équipage.
        • Le traitement pris quotidiennement par un membre de l’équipage ou les risques encourus par l’un d’eux en raison d’éventuels antécédents médicaux doivent être pris en compte.
        • Un membre de l’équipage présente-t-il une allergie médicamenteuse ?
        • Nécessité de disposer de formes pédiatriques adaptées à l’âge si présence d’enfants à bord.
  • La quantité de médicaments et de matériels embarqués est fonction du nombre d’équipiers, de la durée de la navigation et de leur fréquence d’utilisation.
  • Elle doit obligatoirement posséder un certain nombre de produits de base. A l’image d’une trousse à outils pour laquelle même une personne retors au bricolage n’omettrait d’y faire figurer un tournevis et un marteau, elle doit permettre à l’équipage de faire face aux situations les plus courantes.
  • Elle doit être suffisamment étoffée afin de pouvoir appliquer les indications d’un médecin en cas d’assistance médicale à distance.

Avoir une trousse médicale à bord, c’est bien, mais être capable de s’en servir, c’est tout de même mieux ! A moins de la présence d’un médecin à bord, il est recommandé de disposer d’un guide médical. Nombreux sont les ouvrages traitant de pathologies médicales. L’idéal serait que ce dernier soit parfaitement adapté à la trousse embarquée, ce qui est difficilement réalisable en pratique. Suivre une formation médicale est un plus indéniable afin de tirer le meilleur partie de ce guide et être à même d’appliquer au mieux les indications d’un médecin en cas d’assistance médicale à distance, un préalable assurément indispensable pour tout navigateur envisageant un périple autour du globe.

LES TEXTES RÉGLEMENTAIRES

Une brève « navigation » sur les différents sites gouvernementaux permet de prendre connaissance de la dotation obligatoire et de certaines recommandations sur son complément. www.mer.gouv.fr

Pharmacie : rappel de la Dotation obligatoire – (Division 240) :

Les navires effectuant une navigation au-delà de 6 milles d’un abri embarquent le matériel d’armement et de sécurité hauturier qui comprend la trousse de secours composée des éléments suivants :

  • 1 paquet de 5 compresses de gaze stériles, taille moyenne ;
  • Chlorhexidine en solution aqueuse unidose 0,05%;
  • 1 coussin hémostatique ;
  • 1 rouleau de 4 m de bande de crêpe (largeur 10 cm) ;
  • 1 rouleau de 4 m de bande auto-adhésive (largeur 10 cm) ;
  • 1 boîte de pansements adhésifs en 3 tailles ;
  • 4 paires de gants d’examen non stériles, en tailles M et L.

Tout complément de la trousse de secours est laissé à l’initiative du chef de bord.

CHOIX DES CONTENANTS ET ORGANISATION DE LA PHARMACIE.

En raison de l’environnement particulier auquel sera soumise la trousse de pharmacie, il est conseillé de placer les produits dans un contenant étanche (sac, mallette ou bidon) et de ranger ce dernier dans un endroit à l’abri de l’eau, de la lumière (certains médicaments peuvent être altérés par les U.V.) et peu soumis aux variations thermiques. La trousse devra être facilement accessible.

Nous vous conseillons de choisir ce contenant à la fin de la constitution de la pharmacie afin de définir de manière précise son volume. En général, le plaisancier fait l’acquisition d’un sac d’une mallette ou d’un bidon, organise ses produits puis se rend compte au moment de les ranger que le contenant est trop petit. Il est évident que le volume sera nettement plus conséquent dans le cadre d’une navigation hauturière que d’une navigation à la journée.

En pratique, on commence par ranger les différents produits dans des sachets étanches, des boîtes hermétiques de type tupperware (contenant primaire), puis on regroupe le tout dans un ou deux contenants adaptés au volume global (contenant secondaire), un sac, une mallette ou un bidon.

L’important est de pouvoir retrouver rapidement le médicament ou le matériel recherché. Pour cela, il est d’usage d’organiser les médicaments en fonction de leur indication thérapeutique générale. Les médicaments à visée cardiaque, par exemple, seront regroupés et rangés dans un sachet plastique, une trousse ou une boîte de type tupperware (récipient cardiologie). Les médicaments à visée digestive dans un autre (récipient gastro-entérologie) et ceux à visée antalgique dans un autre encore (récipient antalgie). Il est possible afin de gagner de la place de sortir les plaquettes de leur boîte d’origine (les dates de péremption figurent habituellement au dos des plaquettes) en n’oubliant pas d’ajouter la notice.

Afin de faciliter le repérage, il est possible d’affecter un code de couleur à chacun des sachets, trousses ou boîtes. Rouge par exemple pour les médicaments à visée cardiaque, jaune pour les produits destinés au traitement d’une affection dermatologique. Une étiquette de couleur sur laquelle on fera figurer l’indication thérapeutique générale (Cardiologie, Dermatologie) sera collée sur le sachet ou la boîte. Ce type d’étiquette est facilement éditable avec une imprimante.

Il est indispensable d’imprimer la liste de l’ensemble de la dotation médicale. Ce document devra reprendre le classement exposé précédemment (code couleur et indication thérapeutique générale) et délivrer les informations indispensables à l’utilisation et à la gestion de la trousse. Pour chaque produit, faire figurer au moins : classe thérapeutique, dénomination internationale commune, nom commercial, quantité, date de péremption, indication thérapeutique. Libre à vous d’ajouter toute information que vous jugeriez utile à l’exploitation de votre pharmacie. Une plastification du document peut s’avérer utile pour le préserver de l’humidité et des aléas du bord. Un exemplaire sera glissé dans la trousse de pharmacie (contenant secondaire), un autre devra être disponible à la table à cartes afin de pouvoir être consulté lors d’une éventuelle communication avec un médecin.

Pour chaque contenant primaire (sachet, trousse, boîte) et afin de faciliter encore le repérage, il est possible de fixer dessus une liste imprimée de son contenu : le nom des différents produits ou simplement sa référence si vous avez affecté un code à ce produit.

Quels contenants primaires pour la pharmacie de bord ?

Il existe une grande variété de produits à même de satisfaire aux conditions précitées. Libre à vous de choisir les produits qui vous semblent les plus adaptés. Citons :

  • Les boîtes plastiques de type tupperware. Solides, hermétiques, existant en différentes dimensions, elles constituent une solution intéressante. Leur principal défaut est de prendre une place conséquente.
  • Les sachets de congélation (type Ziploc) conviennent fort bien à cet usage. Ils sont suffisamment solides, existent en de nombreuses dimensions et leur fermeture zip assure une étanchéité correcte. Leur transparence est fort pratique pour visualiser leur contenu. Présence éventuelle d’une zone blanche pour marquage avec un feutre indélébile.
  • Les sachets minigrip. Ils possèdent une fermeture fiable, existent en différentes épaisseurs et pour certains modèles offrent une protection anti-UV. Transparents avec une zone de marquage.
  • Les sachets à curseur Topmatic. Ils disposent d’un système d’ouverture et de fermeture fort pratique et fiable.
  • Les sachets Aloksak. Des sachets très haut de gamme (étanches jusqu’à 60 m !), mais très onéreux. A réserver pour  protéger du matériel sensible.

pharmacie de bord contenants primaires

Quel contenant secondaire pour la pharmacie de bord ?

Une solution fiable est d’opter pour un contenant étanche, le moyen le plus sûr pour mettre les produits de la pharmacie à l’abri de l’humidité.

  • Bidon étanche. Ces bidons sont surtout utilisés par les pratiquants de canoé et kayak. Ils sont très solides, ont une flottabilité   ipharmacie de bord bidonimportante et existent en de nombreuses dimensions. Leur principal inconvénient est leur forme cylindrique. Difficile d’optimiser le rangement des produits tant au niveau du volume que de l’agencement et après plusieurs ouvertures, le désordre y règne. (rayon canoé kayak des magasins de sport).
  • Sac étanche. Les modèles sont suffisamment nombreux pour trouver chaussure à son pied. Volumes et coloris pharmacie de bord contenants secondairesvariés. Disposant généralement de plusieurs compartiments, ils permettent un rangement satisfaisant de différents contenants primaires. (shipchandler, rayon plaisance des magasins de sport, mais aussi rayon plongée et rayon pêche).
  • Mallette étanche. Alternative au sac étanche. Attention au système de fermeture, maillon faible de l’ensemble (fragilité à l’usage des systèmes en plastique) et à la fixation du joint d’étanchéité. (rayon pêche des magasins de sport).

 

Il est possible de choisir un contenant secondaire non étanche. Dans ce cas, les contenants primaires devront l’être rigoureusement. Vous pouvez opter pour un sac conçu spécialement pour abriter des produits pharmaceutiques (vente en pharmacie) ou jeter votre dévolu sur un simple sac de sport.

Faites un tour dans des magasins de type Leroy-Merlin, Castorama… Les « trousses » utilisées dans de nombreux véhicules du SMUR sont de simples boîtes à outillages, sélectionnées pour leurs fonctionnalités.

UN EXEMPLE DE DOTATION MÉDICALE.

A la demande d’un certain nombre de plaisanciers du port des Minimes, soucieux de disposer d’une pharmacie permettant de faire face à un « imprévu » d’ordre médical, nous avons mis en ligne un document traitant de sa constitution (rubrique Téléchargement – document DIV3). Après analyse des programmes de navigation et concertation des différents intéressés, le choix s’est arrêté sur une trousse médicale dédiée à des navigations pour lesquelles des secours médicalisés sont à même d’intervenir en moins de six heures. Ce document au format PDF comporte un listing des produits de la trousse, un descriptif (indications, contre-indications, posologie…) des produits, des planches d’étiquettes ( type Avery) pour les contenants primaires.

L’ACHAT DES PRODUITS DE LA PHARMACIE.

Une trousse médicale est en général composée de médicaments, de fournitures médicales (compresses, bandes…) et de petits matériels divers (ciseaux, pince…).

Si certains médicaments comme le paracétamol ou le Mercalm peuvent être achetés directement chez le pharmacien, la plupart ne sont délivrés que sur prescription médicale (médicaments relevant de la liste I ou de la liste II, voire inscrits sur la liste des stupéfiants). Pour vous les procurer, vous devrez demander une ordonnance à votre médecin traitant sur laquelle il portera la mention « pour la constitution d’une trousse à pharmacie de bord ». Cette consultation sera l’occasion de définir avec lui les produits qui pourraient se révéler utiles et les éventuelles mesures préventives à respecter au vu de vos antécédents médicaux (pour un voyage au long cours, d’autres points devront être abordés). Cette prescription, bien entendu, ne sera pas remboursée par la sécurité sociale. Son coût peut être élevé, particulièrement dans le cadre de la constitution d’une dotation médicale hauturière, et constituer un frein à son acquisition. Cependant, comparée au coût d’un équipement d’accastillage ou de sécurité, cette dépense est toute relative. S’il y a peu de chance que vous ayez à ouvrir une des boîtes dédiées au matériel de sécurité au cours de vos pérégrinations nautiques, ce ne sera probablement pas le cas de la pharmacie. Lors de l’acquisition des médicaments, essayez d’obtenir des lots fabriqués récemment, c’est à dire avec des dates de péremption tardives. Pour un meilleur coût, privilégiez les médicaments génériques.

Le matériel médical (compresses, bandes, coussin hémostatique, ciseaux, attelles…) peut être acheté chez votre pharmacien habituel ou acquis auprès de distributeurs spécialisés dans la vente par correspondance de produits médicaux. Citons :

Si pour une navigation côtière, tous les médicaments du bord  peuvent être regroupés dans un seul contenant secondaire, il sera nécessaire dans le cadre d’une navigation au long cours de prélever un  certain nombre de produits sur la dotation principale afin de constituer :

  • une pharmacie pour le radeau de survie.
  • une trousse à usage courant, qui contiendra les médicaments utilisés le plus souvent.
  • une trousse d’excursion, pour les escapades pédestres menées à terre.

Ceci sera développé lors d’un prochain article.

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