Organisation du secours en mer

Juin 18, 2012 par

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SECOURS EN MER : RAPPEL HISTORIQUE

L’organisation des interventions de secours en mer repose sur des textes internationaux. Il n’en fut cependant pas toujours ainsi. Pendant des décennies, les marins ne purent compter que sur eux-mêmes pour assurer leur sécurité. La pratique traditionnelle était que les équipages de navire se portent mutuellement assistance. La prise de conscience des dangers maritimes par les États est relativement récente puisque ce n’est que le 23 septembre 1910, que la Convention internationale de Bruxelles pose dans son article 11 la règle générale que : « tout capitaine est tenu, autant qu’il peut le faire sans danger sérieux pour son navire, son équipage, ses passagers, de prêter assistance à toute personne, même ennemie, trouvée en mer en train de se perdre ». Il n’est pas encore question de recherche active, cette obligation de secours ne concernant en effet que les cas où le capitaine d’un navire serait témoins d’un naufrage ou d’une quelconque fortune de mer.

Une première approche de réglementation internationale avait été initiée en 1899 sous l’égide du CICR (Comité International de la Croix Rouge), avec « l’adaptation des usages de la guerre maritime aux principes de la Convention de Genève de 1864 », règle cependant bien timide puisque cette convention internationale n’était applicable qu’en situation de conflit.

Le naufrage, le 11 avril 1912, du Titanic, conduit le Royaume-Uni à organiser la première conférence internationale pour la sauvegarde de la vie humaine (SOLAS – Safety Of Life At Sea) le 20 janvier 1914, à Londres.

En 1958, la convention des Nations-Unies sur le droit de mer, dénommée « Convention sur la haute mer » définit par l’article 98 que « Tous les états côtiers facilitent la création et le fonctionnement d’un service permanent de recherche et de sauvetage adéquat et efficace pour assurer la sécurité maritime et aérienne et, s’il y a lieu, collaborent à cette fin avec leurs états voisins dans le cadre d’arrangements régionaux ».

La Convention SOLAS du 1er avril 1974, établie à Londres, rappelle que le capitaine d’un navire, s’il est en mesure de le faire, doit porter secours à un navire en détresse et informer les services compétents à terre de cette situation de détresse (chapitre V – règle 33). Elle fixe par ailleurs les normes d’équipements des navires en matière de radiocommunication.

En 1976 est adoptée la convention portant création de l’Organisation Internationale de Télécommunications Maritimes par Satellites (Inmarsat), maillon indispensable pour mener à bien des missions de sauvetage sur tous les océans.

Le 27 avril 1979, la Convention internationale S.A.R. (Search And Rescue) de Hambourg marque une étape importante en établissant une approche internationale de la recherche et du sauvetage en mer. Pour cela, elle instaure plusieurs règles :

  • obligation pour les états côtiers signataires de créer sur leur sol au moins un centre de veille des alertes et de coordination des sauvetages (MRCC : Maritime Rescue Coordination Center).
  • afin de mieux organiser les opérations de sauvetage, division des mers et océans en plusieurs zones distinctes au sein desquelles les États signataires collaborent (SRR : Search and Rescue Region).
  • les États signataires s’engagent dans ces zones (zone de responsabilité SAR) et y assurent la supervision et l’exécution des opérations de sauvetage des personnes en détresse. .
  • collaboration des différents États pour mener à bien les opérations de sauvetage (coopération entre MRCC).

En 1988, la Convention SMDSM, en coopération avec d’autres organismes, vient amender la Convention SOLAS au sujet des radiocommunications et met en place les modalités de fonctionnement du Système Mondial de Détresse et de Sécurité en Mer (SMDSM).

L’ensemble de ces Conventions, complétées au cours des années (la Convention SOLAS a par exemple été modifiée à 18 reprises entre 1978 et 1995), fixe donc deux principes fondamentaux :

  • tout capitaine de navire est tenu à l’assistance à la vie en mer et à une obligation active de recherche.
  • les États riverains ont obligation de mettre en place des structures de coordination pour l’exécution du sauvetage en mer.

Un support pratique et opérationnel, basé sur les obligations issues des conventions SOLAS et SAR, a été élaboré par l’Organisation Maritime Internationale (OMI) et l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) afin d’aider les gouvernements dans leur mission de recherche et de sauvetage en mer : le manuel International de Recherche et de Sauvetage Aéronautique et Maritime International (IASMAR).

Illustrations : Zones de responsabilité SAR françaises (SSR) : voir le document PDF DIV4: Organisation des systèmes de secours en mer , à la rubrique téléchargement.

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SECOURS EN MER : LE SYSTÈME FRANÇAIS.

L’organisation des secours maritimes est principalement définie par:

  • le décret n° 88-531 du 2 mai 1988 portant organisation du secours, de la recherche et du sauvetage des personnes en détresse en mer. JO 6323. Il définit les compétences respectives du Ministère chargé de la Mer, des Préfets Maritimes, des CROSS et des maires.
  • l’instruction du Premier Ministre du 29 mai 1990. JO 6591. Prise en application du Décret n°88-531 du 2 mai 1988.
  • l’instruction du Secrétariat d’Etat à la Mer n°978 du 15 octobre 1992 qui réglemente le fonctionnement des CROSS et leurs procédures opérationnelles.
  • Le décret n° 2004-112 du 6 février 2004 qui définit les compétences du Préfet Maritime, lui attribue la coordination de l’action en mer des administrations et la mise en œuvre de leurs moyens.

L’organisation des secours en mer s’appuie sur :

  • le ministre en charge de la mer;
  • le SECMAR, organisme technique d’étude et de coordination pour la recherche et le sauvetage en mer, rattaché au secrétariat général de la mer.
  • les prefets maritimes en métropole, le délégué du gouvernement pour l’action de l’état en mer dans les DOM et le Haut Commissaire du gouvernement dans les TOM.
  • les Centre Régionaux Opérationnels de Surveillance et de Sauvetage (CROSS).

La responsabilité des opérations de recherche et de sauvetage menées sur l’ensemble des eaux territoriales (intérieures et extérieures) ainsi que des eaux internationales relevant des zones que la France a accepté de gérer (zones de responsabilité SAR) dans le cadre de la Convention de Hambourg, incombe en métropole aux préfets maritimes, dans les DOM au délégué du gouvernement pour l’action de l’État en mer et dans les TOM au Haut-commissaire du gouvernement. Pour mener à bien bien leur mision, ils peuvent s’appuyer sur un réseau de surveillance composé principalement par les CROSS pour les veilles radio et radar et par les sémaphores de la Marine nationale pour la veille visuelle.

Les CROSS (Centre Régionaux Opérationnels de Surveillance et de Sauvetage).

Ce sont les MRCC français (Maritime Rescue Coordination Centers), tels que définis par la Convention de Hambourg dont la France est signataire. Dirigés par des administrateurs des Affaires Maritimes et armés par des personnels de la Marine nationale, ils sont placés sous l’autorité, en métropole, des préfets maritimes, et à l’outre-mer du délégué du gouvernement pour l’action de l’État en mer (DOM) et du Haut-commissaire du gouvernement (TOM) aidés par un commandant de zone maritime (COMAR) issu de la Marine.

Ils assurent des veilles radio et radar permanentes et sont chargés dans leur zone de responsabilité des missions de sûreté, de surveillance, de circulation et de sauvetage.

  • préfecture maritime de Cherbourg : zone Manche et Mer du Nord.
  • préfecture maritime de Brest : zone Atlantique.
  • préfecture maritime de Toulon : zone Méditerranée.

 Il existe : cinq CROSS principaux (MRCC) et un secondaire (MRSC) en métropole :

CROSS GRIS-NEZ

zone de compétence : Pas de Calais, Manche/ Mer du Nord, de la frontière belge au cap d’Antifer.

Le CROSS Griz-Nez dispose de prérogatives par rapport aux autres CROSS:

  • Lorsqu’un message de détresse est émis par un navire, il est réceptionné, en application avec les textes du SMDSM, par un MCC (Mission Control Center), un centre dédié à la réception des signaux de détresse. Le MCC en France est le central DDR (Data Distribution Region) un service du Centre National des Études Spatiales (CNES) basé à Toulouse. Dés qu’un appel est reçu, ce service transmet l’information au CROSS Griz-nez qui, suivant le cas, la transmet au CROSS concerné.
  • Le CROSS Griz-Nez est aussi le point de contact SAR international pour la France (SPOC). C’est lui qui sera contacté dans le cas d’une collaboration avec un autre pays.
  • C’est aussi à lui qu’incombe la coordiantion des secours à l’international. En cas de détresse d’un navire français dans les eaux internationales (hors zone méditerranée : compétence du Cross La Garde), il assure la liaison avec le point de contact SAR du pays concerné, lequel coordonnera les secours au moyen de ses MRCC dans la SRR relevant de sa responsabilité.

CROSS JOBOURG

zone de compétence : Manche centrale, du cap d’Antifer au Mont St Michel.

CROSS CORSEN

zone de compétence : Manche Ouest, du Mont St Michel à la pointe de Penmarc’h et toute la zone A2 du SMDSM attribuée à la France en Atlantique Nord-Est.

CROSS ETEL

zone de compétence : Atlantique, de la pointe de Penmarc’h à la frontière espagnole.

CROSS LA GARDE

zone de compétence : tout le littoral méditerranéen.

secondé durant la saison estivale par le Sous-CROSS CORSE, basé à Ajaccio.

Il existe cinq centres et deux PC SAR dans les DOM-TOM :

        • CROSS Antilles-Guyane, basé à Fort de France et centre secondaire (MRSC) de Guyane, basé à Cayenne.
        • CROSS La Réunion basé à Le Port (océan Indien) et PC SAR de Mayotte.
        • MRCC Polynésie française basé à Papeete (océan Pacifique).
        • MRCC Nouvelle-Calédonie basé à Nouméa (océan Pacifique).
        • PC SAR de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Les CROSS n’ont pas de moyens d’intervention propres. Ils font appel aux moyens publics ou privés qui leur paraissent les mieux adaptés à l’opération de recherche et de sauvetage en mer. Par délégation du préfet maritime, un CROSS dispose de l’ensemble des moyens de l’état. Ces moyens peuvent être terrestres, maritimes et aériens.

        • la Marine nationale (bâtiments, remorqueurs, avions et hélicoptères).
        • la gendarmerie (vedettes, hélicoptères);
        • les Douanes (vedettes, avions, hélicoptères);
        • la Sécurité Civile (hélicoptères);
        • les Affaires Maritimes (patrouilleurs et vedettes);
        • les collectivités territoriales : pompiers (embarcations légères), postes de plage;
        • les organismes agréés et moyens privés au premier rang desquels la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM) avec ses vedettes et canots tout temps;
        • ainsi que les navires de commerce, de pêche ou de plaisance qui ont l’obligation lorsqu’ils sont sur “zone” de participer aux opérations de sauvetage.

Pour couvrir les espaces maritimes placés sous leurs responsabilités opérationnelles, les CROSS exploitent un puissant réseau de radiocommunications.

  • 47 stations radios côtières réparties sur tout le littoral.
  • 2 stations radios pour le large.
  • 4 stations radar pour le contôle de la navigation.
  • 3 réseaux satellitaires :
        • ARGOS pour le contrôle des pêches.
        • INMARSAT pour la réception des alertes dans le cadre du SMDSM.
        • COSPAS-SARSAT pour le sauvetage (balises de détresse : EPIRB,PLB).

Document PDF  plus complet à la rubrique téléchargement : DIV4 / Organisation des systèmes de secours en mer.

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